Tiburón
Willie Colón & Rubén Blades · 1981 · écrite par Rubén Blades, extraite de l’album Canciones del Solar de los Aburridos
Un requin rôde sur la côte caribéenne, et le refrain dit à tout le monde de prendre un bâton. La salsa politique qui a fait bannir Rubén Blades des radios américaines.
L’histoire
1.La mer
La chanson s’ouvre sur les Caraïbes : une mer agitée, des vagues qui se brisent depuis l’horizon, le vert et le bleu de l’eau qui brillent sous le soleil. Un poisson guerrier traverse le royaume qu’il gouverne. Pitié pour qui il attrape : il n’y aura pas de merci.
2.Le requin ne dort jamais
La nuit tombe, la mer se calme, les étoiles sortent, et toutes les Caraïbes se reposent. Seul le requin est encore éveillé, encore agité, encore en chasse.
3.Que fais-tu ici ?
Le coro lui demande sans détour : que cherches-tu sur le rivage, sur notre sable ? Ta place est au large. Tu n’es jamais rassasié. Méfie-toi de la baleine. Respecte mon drapeau.
4.Prends un bâton
Puis la chanson devient un appel à l’action. Si tu vois venir le requin, frappe-le, sans hésiter, pour qu’il apprenne qu’il y a de l’honneur ici. L’union fait la force. Ne le laisse pas manger notre sœur El Salvador. Et après, tout le monde se met au travail pour reconstruire.
Phrases clés
- “Tiburón, ¿qué buscas en la orilla?”La question du coro, encore et encore. Un requin appartient au large : le rivage est là où vivent les gens.
- “Lo tuyo es mar afuera”Mar afuera, « mer dehors », est le large. Reste dans tes propres eaux.
- “Respeta mi bandera”La phrase où la métaphore cesse de parler de poissons.
- “Si lo ven que viene, palo al tiburón”Palo, un bâton ou une matraque, est aussi de l’argot caribéen pour une raclée. Le cri de ralliement de l’orchestre.
- “no se duerme el camarón”Un détournement du proverbe camarón que se duerme se lo lleva la corriente : « la crevette qui s’endort est emportée par le courant ». Les petits sont réveillés maintenant.
Contexte
Le requin est une métaphore. Rubén Blades l’a écrite sur l’intervention des États-Unis en Amérique latine, et les paroles nomment « notre sœur El Salvador », alors en pleine guerre civile. Elle ouvre Canciones del Solar de los Aburridos (Fania, 1981), un autre album que Blades a fait avec Willie Colón.
Cela leur a coûté. La chanson a été peu diffusée à la radio américaine, et Blades est devenu particulièrement impopulaire auprès des exilés cubains de Miami, qui l’entendaient comme communiste. Colón a dit dans une interview de 1991 que Blades et lui jouaient parfois des chansons comme celle-ci et « Pedro Navaja » en gilet pare-balles.
Blades l’appelait une chanson anti-impérialiste, mais disait qu’elle ne parle pas seulement des États-Unis : elle convient à n’importe quelle grande puissance qui vient chasser dans les eaux d’autrui.
Sur la piste de danse
Longue, sept minutes, et elle prend son temps : la première partie peint la mer, calme et lumineuse, avant que le requin apparaisse.
Puis le coro se met à demander au requin ce qu’il cherche, et dans la seconde moitié, tout l’orchestre crie « palo al tiburón » pendant que Blades riposte phrase après phrase. L’énergie monte jusqu’au bout : c’est là que vont tes grands enchaînements.
Ceci est notre propre récit de la chanson, pas ses paroles ni une traduction de celles-ci : les quelques courtes phrases citées sont là pour expliquer ce qu’elles veulent dire. La chanson appartient à son auteur, Rubén Blades.
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